ACTUALITÉS ET PERSPECTIVES DE LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ

ACTUALITÉS ET PERSPECTIVES DE LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ


PRINCIPE DE LA RENCONTRE
Au terme de ce semestre autour de la pauvreté et de la lutte contre la pauvreté, les étudiants auront l’occasion de dialoguer avec un responsable de la ville de Paris en charge des dossiers sociaux en général, et de ceux de la grande pauvreté et de l’errance en particulier, et avec le responsable en charge de la nouvelle stratégie de lutte contre la pauvreté. Après un court exposé introductif, le débat sera modéré par l’enseignant, en fonction des questions et préoccupations qui lui auront été signalées.

SYLVAIN LEMOINE
Actuel directeur adjoint du cabinet de la Maire de Paris Paris, Sylvain Lemoine est major de l’Ecole Nationale Supérieure de la Sécurité Sociale (En3s). Il a été directeur adjoint dans une CAF, chef de service au centre d’analyse stratégique, membre de cabinets ministériels.

OLIVIER NOBLECOURT
Après avoir été élu à Grenoble et directeur de cabinet de la Ministre de l’éducation nationale, Olivier Noblecourt est aujourd’hui délégué interministériel à la prévention et à la lutte contre la pauvreté.

DOCUMENTS POUR LE DÉBAT
– La stratégie nationale de prévention et de lutte contre la pauvreté
– Le pacte parisien de lutte contre la grande exclusion

DOCUMENTS POUR APPROFONDIR (Cas : les “migrants” et la ville de Paris)

 

Martin Hirsch, Cela devient cher d’être pauvre

Les pauvres paient plus

 

Dans un livre très ingénieux Martin Hirsch constate : les pauvres paient plus, en proportion de leurs revenus, pour une grande partie des biens et services. Afin de lutter contre cette « double peine », Hirsch critique des prestations sociales qui sont à transformer plutôt qu’à augmenter. Il envisage une tarification globale sous condition de ressources remplaçant les multiples tarifs sociaux. Éreintant, notamment, crédits revolving et jeux de hasard (dont le chiffre d’affaire représente 2% du PIB), il soutient son idée de bouclier sanitaire et rappelle les pistes suggérées, dès son origine, pour améliorer le RSA (fusion avec la prime pour l’emploi et les prestations logement). Envisageant également une sorte de 1 % philanthropique (un pourcentage obligé des impôts affecté à des dons) il propose bien des idées neuves et concrètes contre la pauvreté. Extraits.

 

La double peine : « Être pauvre, c’est avoir moins d’argent que les autres. C’est d’une affligeante banalité que de le rappeler. Mais ce que l’on sait moins, c’est qu’être pauvre, c’est aussi payer plus cher que les autres pour se loger, s’assurer, se soigner, téléphoner. Le mètre carré de loyer coûte plus cher. Le contrat d’assurance est moins cher »… « Dans ce voyage au cœur de la pauvreté, nous ferons moins appel à vos sentiments qu’à votre raison. Car le royaume de la double peine est aussi le royaume de l’absurde »… « Si, toutes choses égales par ailleurs, les plus modestes payaient le même tarif pour leurs besoins essentiels que le reste de la population, ils économiseraient 6 à 8 % de leurs revenus, sans autre changement ».

Agir autrement : « Trois leviers traditionnels – l’augmentation du SMIC, l’augmentation des salaires, l’augmentation des dépenses sociales – n’ont plus d’effets significatifs sur la pauvreté, comme des râteaux sans dents »… «  Nous nous drapons dans nos grands principes et dans notre conviction que nous avons le meilleur système au monde et que nous sommes les champions de la solidarité, mais préférons la solidarité théorique, formelle et coûteuse à la solidarité pragmatique et réelle ».

Sauver le soldat RSA : « Le ‘RSA bashing’ est un sport à la mode. Défendre le revenu de solidarité active s’apparente, du coup, à une gageure. Pourtant les experts ont montré trois réalités positives. Le risque de perdre de l’argent en reprenant un travail a été nettement réduit. Le RSA, conjugué avec la prime pour l’emploi a contribué pour les trois quarts à l’augmentation du niveau de vie des pauvres et aucun effet pervers n’a été mise en évidence sur la précarité de l’emploi et un écrasement du niveau des salaires »…

 

Martin Hirsch, Cela devient cher d’être pauvre, Stock, 2013, 209 pages, 12,50 euros.

Martin Hirsch, Sécu : objectif monde. Le défi universel de la protection sociale

Un socle universel de protection sociale

 

Sous un titre qui sonne comme un clin d’œil à Tintin, Martin Hirsch produit une analyse rigoureuse et des propositions vigoureuses afin de réaliser ce que bien des gens considèrent comme une douce utopie : un socle de protection sociale pour l’ensemble de personnes vivant sur la planète.

 

Julien Damon. julien.damon@sciences-po.fr

 

Martin Hirsch, Sécu : objectif monde. Le défi universel de la protection sociale, Paris, Stock, 2011, 159 pages, 12 €.

 

Tel Tintin, on retrouve l’ex-Haut Commissaire aux solidarités actives au Bénin, à Sao Paulo, à Genève, à Pékin, à Pretoria, à Delhi ou encore, pour finir, à Roubaix. L’aventure est cependant toujours la même : observer les différences et convergences des modèles de protection sociale, prendre en compte les avancées et surmonter les fossés. Membre du groupe consultatif mondial sur le « socle de protection sociale » – une initiative très officielle des agences onusiennes – Hirsch rappelle d’abord que 75 % des êtres humains n’ont pas accès à une protection sociale « digne de ce nom ». Il observe aussi une involution dans les pays riches (où la protection sociale est attaquée pour son principe, son contenu et/ou ses déficits) et une évolution dans les pays pauvres (où les systèmes naissants se renforcent notamment à partir d’expérimentations).

 

Une utopie réaliste

Dans ce contexte, qui est aussi celui d’une mondialisation critiquée et d’une crise chaotique, la thèse hirschienne est forte. Plutôt que de s’acharner à faire baisser les coûts du travail dans les pays riches, il faut les faire augmenter dans les pays pauvres afin de financer la couverture sociale de la population. L’ambition est de refaire de la protection sociale un atout compétitif. Plutôt que d’incarner son socle de manière restrictive (un plancher minimal) ou extensive (avec un panier irréaliste de services), Hirsch souligne « d’immenses différences, d’étranges ressemblances », par exemple entre les allocations familiales à la française et les mécanismes de transferts monétaires conditionnels mis en œuvre dans nombre de pays en développement. L’auteur fait siennes les analyses, au demeurant peu contestées, selon lesquelles les investissements dans le social (et, en l’occurrence, dans la prévention sanitaire et l’assurance maladie) sont rentables. Il relève que sans corruption, la question du financement n’en serait pas vraiment une dans bien des pays. Pour le reste, il est possible d’innover et pourquoi pas en imposant de nouvelles normes sociales internationales. Le socle pourrait ne représenter dans chacun des pays « que » 5 % de son PIB.

 

Une discussion à venir pour le G20

Tout ce propos, avec quelques répétitions, est avancé pour une discussion sérieuse, au plus haut niveau, lors du sommet du G20, sous présidence française, en novembre prochain. Dans la suite des Objectifs du millénaire pour le développement (qui courent pour 2000-2015), Hirsch invite, en particulier, à se fixer un objectif de 75 % de la population mondiale convenablement couverte d’ici 2030. Irréaliste, comme le disent les sceptiques ? Au regard de l’histoire de la protection sociale des pays riches tout comme du plaidoyer étayé de Hirsch, le possible semble tenable.

 

 

Extraits

« Le socle de protection sociale, davantage qu’un catalogue de prestations sociales, peut être conçu de manière pertinente comme un ensemble de valeurs et de principes universels ».

« L’Occident est devenu riche avant de devenir vieux. La planète va devenir vieille avant d’être riche ».

« Pourquoi ne pas passer de 75 % de la population mondiale sans protection à 75 % de la population mondiale protégée d’ici 2030 ?».

Rencontre avec Martin Hirsch

ACTUALITÉS ET PERSPECTIVES DE LA LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ

Rencontre avec Martin Hirsch

PRINCIPE DE LA RENCONTRE
Au terme de ce semestre autour de la pauvreté et de la lutte contre la pauvreté, les étudiants auront l’occasion de dialoguer avec un responsable de premier plan. Après un cours exposé introductif, le débat sera modéré par l’enseignant, en fonction des questions et préoccupations qui lui auront été signalées.

MARTIN HIRSCH
Actuel directeur général de l’Assistance Publique-Hôpitaux de Paris, ancien président de l’Agence du service civique, d’Emmaüs France et de l’Agence nouvelle des solidarités actives, Martin Hirsch été membre du gouvernement, de 2007 à 2010 en tant que Haut-commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté, au sein du gouvernement Fillon. À partir de 2009, il cumule ce poste avec celui de Haut-commissaire à la Jeunesse, avant de quitter le gouvernement au printemps 2010.

Président de l’Institut de l’engagement, il est par ailleurs coprésident de l’Action Tank Entreprise et Pauvreté et de la « Chaire Social Business » à HEC depuis 2011.

DOCUMENTS À VOIR


BIBLIOGRAPHIE DE MARTIN HIRSCH

  • Les Enjeux de la protection sociale, LGDJ, 1994
  • L’Affolante histoire de la vache folle, Balland, 1996
  • Ces peurs qui nous gouvernent, Albin Michel, 2002
  • Manifeste contre la pauvreté, Oh ! éditions, 2004, écrit en collaboration avec l’abbé Pierre.
  • La pauvreté en héritage, Robert Laffont, 2006
  • La chômarde et le haut-commissaire : lettre ouverte à ceux qui pensent qu’il n’y a rien à faire !, Oh ! éditions, 2008
  • 50 droits contre l’exclusion, Dalloz-Sirey, 2009
  • Secrets de fabrication : Chroniques d’une politique expérimentale, Grasset & Fasquelle, 2010
  • Pour en finir avec les conflits d’intérêts, Éditions Stock, 2010
  • Sécu : objectif monde. Le défi universel de la protection sociale, Éditions Stock, 2011
  • La Lettre perdue. Les racines de l’engagement, Éditions Stock, 2012
  • Préface de Exit. Exclus et marginaux en Grèce et à Rome Les Belles Lettres,  2012.
  • L’abbé Pierre, Gallimard, 2012, (avec Laurent Desmard)
  • Cela devient cher d’être pauvre, Éditions Stock, 2013

 

 

 

LE “QUE SAIS-JE ?” SUR LA SÉCURITÉ SOCIALE

 
Signé avec Benjamin Ferras, cet ouvrage est publié au moment de célébration du 70ème anniversaire de l’institution française.

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La sécurité sociale se trouve au cœur de la vie quotidienne et des grands équilibres économiques. La complexité de ses instruments et institutions déroute pourtant, jusqu’aux experts les plus aguerris. L’ampleur des masses financières redistribuées suscite de puissants débats : la sécurité sociale est-elle la locomotive du progrès et de la croissance, ou une entrave à la compétitivité ?

Comprendre la place qu’occupe ce pan essentiel de la protection sociale, c’est analyser ses racines et ses évolutions depuis 1945. C’est, également, éclairer ses mécanismes et son organisation. C’est, enfin, souligner les principaux défis qu’elle doit relever pour continuer à protéger chacun contre les risques de l’existence, à chaque étape de la vie.

 

 

Chapitre I.- Fondations, ambitions, évolutions

Des racines assistancielles et mutualistes

Le moment 1945

Révisions permanentes et extension cohérente

Un système devenu hybride

Un principe fondamental : la solidarité

 

Chapitre II.- Prestations, institutions, organisations

Une mosaïque de risques, de régimes et de branches

Types de prestations et couvertures sociales

Les dépenses de protection et de sécurité sociales

Les recettes de protection et de sécurité sociales

Le régime général

Les régimes particuliers

Instances et instruments de gouvernance

 

Chapitre III.- Tensions, complications, horizons

Évolutions démographiques : quelles conséquences ?

Dynamiques économiques : quels financements ?

Gouvernance : quelles perspectives ?

Investissement social : une idée refondatrice ?

Simplification : choc nécessaire ou vœu pieux ?

Révolution numérique : vers une sécurité sociale 2.0 ?

Performances : quelles appréciations ?

 

“Pauvre mesure de la pauvreté”, Le Point, 30 septembre 2015

Pauvre mesure de la pauvreté

 

Julien Damon
Professeur associé à Sciences Po

 

Tous les ans l’annonce du taux de pauvreté provoque la même compétition de lieux communs et de disputes indignées. Sans informer réellement des ordres de grandeur et des perspectives. Les chiffres français viennent d’être publiés, tandis que ceux de la pauvreté dans le monde seront bientôt révisés par la banque mondiale. La France compte, selon la définition conventionnelle adoptée au niveau européen, 14 % de pauvres en 2013, soit plus de 8,5 millions de personnes. Surprise : la pauvreté ainsi mesurée est en recul de 0,3 point par rapport à 2012. Mais tout est dans l’indicateur. Il mesure une pauvreté relative qui est fonction du niveau de vie médian : quand celui-ci baisse ou stagne le nombre de pauvres décroit mécaniquement. Dit autrement, quand le pays s’appauvrit, la pauvreté baisse ! Un tel indicateur nourrit donc la controverse. La tendance baissière, depuis 2011 en fait, provoque des commentaires outrés. On crie à l’imposture, à l’impossibilité d’une inversion de la courbe de la pauvreté (si l’on adapte la formule consacrée pour le chômage). Les associations caritatives, comme tous les ans, quelle que soit la conjoncture économique, soutiennent qu’elles voient davantage de difficultés. Leurs propres appareils de recueil et de mesure statistiques rapportent des évolutions préoccupantes : plus de jeunes, plus d’enfants, mais aussi plus de femmes, plus de personnes âgées. Toutes les catégories y passent. Même lorsque la pauvreté telle que suivie par l’INSEE baisse, les opérateurs associatifs estiment que les problèmes qu’ils ont à gérer augmentent. Une raison principale à cela : l’approche nationale ne rend compte que d’une abstraction statistique moyenne, assez éloignée des représentations de ce qu’est le dénuement extrême pourtant de plus en plus visible dans des rues qui se bidonvillisent. Difficile, alors, de soutenir que l’indigence s’amenuise quand chômage, RSA, campements et mendicité ne cessent de s’étendre. Le seuil de pauvreté se situe maintenant à un niveau élevé : 1 000 euros mensuels pour une personne seule, soit un montant proche du SMIC. Ces 33 euros par jour sont à comparer au seuil international de pauvreté qui se situe à environ 1 euro par jour. Celui-ci devrait bientôt augmenter, mais ceci ne changera rien à l’ampleur du fossé qui sépare les deux approches. La France vit son abondance et ses difficultés dans un océan mondial de pauvreté, océan qui déborde démographiquement, alimentant les flux de réfugiés. Certes la pauvreté mondiale, au seuil de 1 euro par jour, recule fortement. Mais à 2 ou 3 euros, les individus demeurent dans des situations extrêmes, tout en étant de plus en plus informés de ce qui existe ailleurs. Chose étrange à certains égards, les taux d’équipement en téléphone portable, dans les pays pauvres, sont très supérieurs aux taux d’accès à l’eau potable ou à de simples toilettes. D’où des frustrations très compréhensibles. Et la nécessité, en France, de ne plus seulement évaluer la pauvreté monétaire relative, mais aussi la pauvreté absolue.