« La “monoparentalisation” de la pauvreté », Les Echos, 12 juillet 2010.

Les évolutions de la pauvreté sont le thème d’une littérature spécialisée florissante. Elles font l’objet de décisions et de prises de position politiques, ainsi que de débats techniques nourris. On s’intéresse généralement à l’augmentation, aux mutations ou à la diminution (plus rarement) du phénomène. Certains problèmes spécifiques ont progressivement atteint l’agenda politique : enfants pauvres, travailleurs pauvres, sans-abri, etc. Les ruptures et transformations majeures sont toutefois assez rares. Il en est une récemment, que l’on peut baptiser la « monoparentalisation » de la pauvreté. On entend par ce néologisme, qui s’entend clairement, à la fois un taux plus élevé de pauvreté dans les familles monoparentales et, maintenant, un nombre de pauvres plus important dans ces ménages que dans toutes les autres configurations familiales.

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« Donner un capital à tous les jeunes », Les Echos, 7 juillet 2009.

Dans « La Justice agraire », court essai publié en 1797, Thomas Paine proposait de verser une somme de 15 livres à tous les jeunes à l’âge de 21 ans, afin de faciliter leur « commencement dans le monde ». L’auteur devenait ainsi le précurseur de ce que l’on nomme aujourd’hui les dotations en capital pour les jeunes et qui sont à l’agenda des discussions de la Commission de réflexion sur la jeunesse mise en place  par Martin Hirsch.

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« Zéro SDF, un objectif sensé », Les Echos, 1er décembre 2008

A nouveau, les SDF ponctuent l’actualité. La compassion, réveillée de manière plus ou moins spectaculaire chaque hiver, a permis la constitution d’un système de prise en charge dont l’objectif, flou, est de lutter contre l’exclusion. Il y a là une sorte d’obligation, morale, de moyens que se donne la collectivité. Une tout autre perspective est de se donner un objectif de résultat. Ce pourrait être « zéro SDF ».

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« Les économistes ont beaucoup à dire sur nous », Les Echos, 18 octobre 2008

Les économistes sont souvent décriés, particulièrement en période de tensions. Or, d’une part, tous les économistes ne s’intéressent pas aux marchés financiers et aux produits dérivés (loin de là). Et, d’autre part, sur nombre d’autres sujets qui vont des paradoxes de la vie quotidienne à la mesure des performances des institutions, ils ont beaucoup à dire.

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« Du nouveau… dans l’innovation », Les Echos, 11 septembre 2008

L’innovation a quelque chose à voir avec l’intuition, l’invention, l’imitation, l’organisation. Des écrits savants la distinguent de tout un ensemble de notions proches, comme le progrès technique. Contentons-nous de considérer que le téléphone est une invention. Il devient innovation lorsque son utilisation se diffuse. Le grand homme de l’innovation, Joseph Aloïs Schumpeter, estimait que le moteur du  progrès résidait dans l’innovation. Devenir l’économie la plus innovante est un des grands desseins européens. On peut cependant dire, avec un vocabulaire schumpetérien, que l’Union, car elle protège trop, empêche la destruction et, partant, la création. On n’innove pas par décrets. Il est toutefois possible d’aménager un environnement propice aux innovations, même dans le secteur public.

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« La mode du droit opposable », Les Échos, 18 août 2008.

in Les Echos n° 20237 du 18 Aout 2008 • page 10

L’opposabilité est en vogue. La mise en oeuvre concrète du droit au logement opposable _ désigné sous l’acronyme « Dalo » _ occupe les esprits et les ministres. Parallèlement se précise le projet d’un droit à une garde opposable pour l’accueil des jeunes enfants. Baptisons-le « Dago ». Dans la mesure où les problèmes de mobilité deviennent également plus présents, certains plaident pour un droit à la mobilité. Il pourrait lui aussi être dit « opposable ». On le baptiserait alors « Damo ». Des urbanistes malins actualiseraient volontiers le « droit à la ville » en droit à la ville opposable. Le « Davo ». Sur le registre de l’emploi et de la formation professionnelle émergeraient assez aisément les droits au travail et à la formation opposables, les « Dato » et « Dafo ». Pour aller encore plus loin, des utopistes seraient maintenant fondés _ en particulier avec tout ce débat autour des indicateurs sociaux _ à imaginer un droit au bonheur opposable. Un « Dabo », donc.

Naturellement, tout ceci prête à sourire. Tous ces droits opposables, créés, envisagés ou rêvés, témoignent de la propension française à l’inflation juridique dans le domaine social. Il est à bien des égards justifié de s’opposer à l’opposabilité. Pour autant, il y a quelque chose de très sérieux dans cette idée et ce principe. Au-delà de l’effectivité et de la justiciabilité d’un droit subjectif (attaché à une personne), il s’agit avec l’opposabilité de conférer aux politiques publiques un objectif de résultat et non seulement de moyens. En un mot, établir un droit opposable _ ce qui est aisé à décrier et à brocarder _ c’est se situer au coeur de la mutation voulue de l’action publique. Il faut à cet effet trouver les bons domaines d’application (le logement, la garde des enfants, voire la mobilité semblent plus judicieux que la ville et le bonheur). Il faut ensuite trouver les instruments, les voies de recours et les modes d’organisation adaptés. Enfin, il faut trouver les financements. Et ce n’est probablement pas là _ sur le papier _ que le bât baisse le plus…

Toutes ces adaptations et modernisations du droit sont coûteuses. Elles appellent des investissements conséquents. L’unité de compte pour la réalisation du droit opposable à un logement ou à un mode d’accueil pour les jeunes enfants n’est pas le milliard d’euros, mais le point de PIB. Il s’ensuit que la traduction de ces options dans la réalité ne saurait véritablement s’effectuer que dans le cadre de la révision la plus rigoureuse possible des politiques du logement et de l’accueil des jeunes enfants. Rupture et rigueur doivent se conjuguer pour la concrétisation de ces avancées. Celles-ci invitent à revoir et à redéployer les budgets, pour les ajuster à des priorités contemporaines, plutôt qu’à trouver de nouveaux financements et établir de nouveaux prélèvements.

Il en ressort que les droits opposables ne sauraient être qu’en nombre limité. Aux pouvoirs publics et aux partenaires sociaux de les délimiter et les définir. Au courage politique de choisir ce qui, à côté d’eux, pourra être abandonné ou diminué. A défaut, le droit opposable sera uniquement bavardage juridique et voeu pieu.

« L’Homo urbanus », Les Échos, 3 juillet 2008

L’année 2008 signe une inflexion dans l’histoire de l’humanité. La population urbaine devient majoritaire. Un être humain sur deux, soit environ 3,3 milliards de personnes, habite désormais en ville (même si les définitions nationales de la ville varient fortement). Ils n’étaient qu’un sur dix au début du XXe siècle. En un mot, comme en cent, l’Homo sapiens devient Homo urbanus.

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« Le bonheur, le grand retour », Les Échos, 5 juin 2008

Le bonheur n’est pas une idée neuve en économie. Le sujet rencontre un intérêt croissant de la part d’experts et de responsables politiques en quête de nouveaux objectifs pour l’action publique et d’indicateurs alternatifs aux traditionnels agrégats économiques. Croissance, revenus monétaires et PIB sont comme l’argent. Ils ne rendent pas nécessairement heureux. Surtout, ils ne rendent pas compte de la richesse humaine dans toute sa densité, ni ne permettent de préciser ce qui fait ou non progrès, cohésion sociale, développement durable.

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« Pauvreté, qualité, domesticité : trois questions d’emploi », Les Échos, 17 avril 2008

C’est peu dire que l’emploi est un sujet d’importance. Les comparaisons internationales nous renseignent sur la situation des travailleurs dits pauvres. A l’échelle européenne, la problématique de la « qualité » de l’emploi s’affirme. La place des services et de l’activité féminine explique enfin les grands écarts entre les mondes du travail européen et américain.

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« Ghettos aux États-Unis et en France », Les Échos, 7 février 2008

La comparaison de la« ceinture noire » américaine et de la « ceinture rouge » française est discutable. Aucune ville européenne n’a jamais connu le niveau de concentration de pauvreté et de ségrégation raciale typique des métropoles américaines. Il n’y a probablement pas d’équivalent européen au ghetto américain. Cependant, la situation change. Les villes européennes connaissent les problèmes qui affectent traditionnellement les villes américaines.

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« Revenu universel et dotations en capital : trois orientations », Les Échos, 15 décembre 2007

L’idée d’un revenu universel apparaît ponctuellement dans les réflexions et propositions politiques. Ses formes varient selon les projets. Avec un tel outil, certains veulent compléter le système public de redistribution. D’autres souhaitent le réorienter. D’autres encore y voient un recours pour supprimer l’Etat providence.

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« Politiques sociales : trois voies vers plus d’efficacité », Les Échos, 15 novembre 2007

Une fois par mois, Julien Damon, chef du service des questions sociales au Centre d’analyse stratégique et professeur associé à Sciences po, décrypte pour « Les Echos » trois ou quatre ouvrages anglo-saxons regroupés autour d’un thème dominant de l’actualité. Il commence par les politiques sociales, sujet récurrent de polémiques et d’interrogations sur leurs performances, leur légitimité et leur avenir.

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