Articles de Presse

« Le paternalisme bienveillant », Le Point, 12 mai 2015

L’État doit-il nous protéger de nous-mêmes ? À l’évocation de cette question classique, ressurgissent immédiatement les thèmes de l’alcool, de la ceinture de sécurité, des retraites obligatoires, des limitations de vitesse, des fruits et légumes à manger tous les jours. Les pouvoirs publics peuvent interdire, subventionner, taxer. Ils ont aussi aujourd’hui la voie du « nudge », ces petites incitations qui aident à prendre les bonnes décisions.   Entre les tenants d’un État intrusif, au risque d’affaiblir les libertés individuelles, et ceux du laissez-faire, au risque d’affaiblir l’existence collective, il existe une sorte de troisième voie. Celle d’un Etat qui incite plus qu’il…

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« Y a-t-il un ‘apartheid’ français ? », Le Point, 28 janvier 2015

Apartheid et politique du peuplement   À l’occasion de ses vœux à la presse, le Premier ministre a estimé que les fractures de la société française relevaient d’un « apartheid ». La formule « Pas d’amalgame ! », qui s’englue dans le ridicule de répétition, aurait, en l’espèce, une certaine légitimité. Car rien de l’action publique française ne relève de l’apartheid. Bien au contraire. Mais que la nation qui se veut celle du « vivre ensemble » (une autre expression confinant au grotesque) estime ressembler à l’Afrique du Sud avant son rêve de nation « arc-en-ciel », ce n’est pas rien. Manuel Valls est coutumier des sorties provocantes et…

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“Le terrain, lui, ne ment pas”, Le Point, 12 juin 2014

Le terrain, lui, ne ment pas   Julien Damon   On connaît la formule notoire du Maréchal Pétain « La terre, elle, ne ment pas ». Apparue dans un discours rédigé par Emmanuel Berl, la phrase désigne deux choses. La première, la terre, incarne, au-delà de l’icône de l’enracinement, la vérité. La deuxième, tout ce qui est autre (en l’espèce politiciens véreux, fonctionnaires corrompus, étrangers profiteurs), est mensonge. Si l’on se permet des libertés, en chevauchant les décennies et les convenances, on peut s’étonner du recours permanent au « terrain » dans les discours contemporains. Certes, le terrain ce n’est pas la terre ni…

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En finir avec le « don du sens », Le Point, 24 avril 2014.

En finir avec le « don du sens »   Julien Damon   Qui n’a jamais entendu, à la télévision, dans les journaux, au cours d’une réunion, qu’il fallait « donner du sens » ? L’élu, le manager, le philosophe conclut souvent, plus ou moins pompeusement, qu’il faut chercher/créer/donner du sens. Et tout le monde, généralement, d’acquiescer. Même si l’on sent vaguement que cette rhétorique conduit à noyer le poisson et l’assistance. Relevons d’ailleurs qu’il s’agit généralement de donner du sens – ce qui est bien imprécis – plutôt que de donner un sens, voire le sens, ce qui paraîtrait probablement trop directif.   Le…

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« Les prélèvements obligatoires protègent les classes moyennes », Le Monde, 27 septembre 2013.

Parue sous deux titres différentes, une opinion sur les liens entre classes moyennes et prélèvements obligatoires. Les classes moyennes surtaxées ?   Les classes moyennes seraient assommées par l’impôt et écrasées entre les bénéficiaires de l’aide sociale (les assistés) et les destinataires des avantages fiscaux (les privilégiés). Hantées par le spectre du déclassement, elles subiraient des ponctions fiscales disproportionnées. Il y a du vrai dans ces descriptions. Il y a aussi de l’approximation et de l’exagération. La classe moyenne, autrefois au singulier et constituée principalement d’indépendants, s’est historiquement élevée contre les taxes. Aujourd’hui les classes moyennes, dotées du pluriel et…

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« Moins de communes pour bâtir plus », Le Monde, 1er mars 2012.

En matière d’urbanisme, l’acronyme le plus célèbre est « NIMBY ». Ce sont des anglo-saxons qui ont mis en évidence ce fameux « Not In My Back Yard » (à traduire par « pas dans mon jardin »). Quelle est l’idée ? Tout le monde est d’accord pour qu’il n’y ait pas de mal-logés, et même pour que tout le monde soit bien logé. Mais pas à côté de chez soi, surtout s’il s’agit de logement social. Ce syndrome est devenu le thème de théorisations savantes et un argument de polémiques militantes.

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« Pauvres gares… de pauvres », Urbanisme, n° 382, 2012.

Une expression que l’on retrouve sous la plume de nombreux experts de la pauvreté avance que le droit des pauvres serait un pauvre droit. Il y a là simplement un jeu de mots, et non un adage juridique. On pourrait fonctionner par similitude, et estimer que la gare des pauvres est une pauvre gare. L’inverse se soutiendrait tout aussi plausiblement. Mais tout ceci, précisément, n’est que rhétorique. Qu’est-ce qu’une pauvre gare ? Et qu’est-ce qu’une gare de pauvres ? En quoi les banlieues seraient-elles principalement concernées ?

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« La pauvreté gagne ? Non, elle se transforme », L’Express, 30 novembre 2011.

La France est aujourd’hui hantée par la question de la pauvreté. Depuis environ trente ans, on nous martèle régulièrement qu’elle augmente, et l’on nous assure qu’elle touche davantage des populations auparavant considérées comme préservées – les jeunes, les femmes, les salariés. Mais qu’en est-il vraiment ?

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« Les dimensions disputées de la pauvreté », Le Monde, 28 octobre 2011.

Tous les ans ressurgit une dispute bien française sur la pauvreté. Sous une pluie d’informations chiffrées et de définitions sophistiquées, responsables associatifs et dirigeants associatifs polémiquent. 2011 est une bonne cuvée. À l’occasion du rapport annuel sur la pauvreté, rendu par le gouvernement au parlement, des voix s’alarment de paupérisation et accusent le gouvernement de minimisation. Les spécialistes s’écharpent en coulisse. Les communications se contredisent. Le public s’y perd.

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« Simplifier le système de solidarité », Le Monde, 11 juin 2011

Conçu pour accompagner une période de croissance puis chargé d’atténuer les effets de la crise, le RSA fait à nouveau couler de l’encre. Attaqué à sa naissance comme institutionnalisation du « précariat » (critique de gauche), il est dénoncé maintenant comme incarnation de l’« assistanat » (critique de droite). Ceux qui le vilipendaient naguère, le défendent aujourd’hui. Et vice-versa. Le RSA, il faut le répéter, est double. Il contient, d’abord, l’ancien RMI. Ce RSA « socle » est, par nature, une prestation d’aide sociale (c’est-à-dire d’assistance). Il comporte, ensuite, un soutien aux revenus professionnels modestes. Ce RSA « activité » entretient, par construction, des liens avec la précarité…

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« Lutter contre la pauvreté par des objectifs chiffrés », l’Humanité dimanche, 2 septembre 2010.

Le gouvernement français a annoncé en octobre 2007 un objectif de réduction de la pauvreté d’un tiers en cinq ans. L’expression d’une telle fin, avec toutes ses ambiguïtés suscite, selon les interlocuteurs, de l’enthousiasme, du scepticisme, de la critique, voire de l’ironie. Si elle est novation dans le contexte des politiques françaises, elle n’est pas totalement neuve dans le contexte international. Qu’il s’agisse de l’Union européenne ou des Nations Unies, l’objectif de réduction, voire d’éradication, de la pauvreté, a été exprimé depuis le début du millénaire.

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« Faut-il craindre la privatisation des villes ? », Alternatives économiques, n° 285, novembre 2009, pp. 78-81.

Les « gated communities », ces résidences fermées américaines, incarnent un mouvement de fermeture et de privatisation de la ville. Sous diverses appellations et à travers des réalisations disparates, elles ont pris place depuis une dizaine d’années dans le paysage urbain, dans les catalogues des promoteurs immobiliers, et, surtout, dans le débat public. Vendus comme des îlots de tranquillité et décriés comme des symboles d’une fracture sociale et spatiale, ces ensembles clos et sécurisés d’habitations se retrouvent un peu partout dans le monde. Les situations américaines et dans les pays en développement n’ont pas grand-chose à voir avec la France. Leur essor,…

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« Il faut abaisser le droit de vote à 16 ans », Le Monde, 3 juin 2009.

La France s’inquiète pour sa jeunesse. On cherche des idées neuves. En voici une : abaisser le droit de vote à 16 ans, au moins pour les élections locales. Cette mesure, dont le principe ne manquera pas de provoquer le débat, rajeunit le corps électoral. Elle peut également rajeunir, mais dans une moindre proportion, le corps des votants. En effet, les plus jeunes votent sensiblement moins que les plus âgés.

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